Dermatoses parasitaires des Ruminants
 

 

PARAFILARIOSE BOVINE

"Maladie des sueurs de sang, maladie hémorragique vermineuse, hémathidrose filarienne"

 
EPIDEMIOLOGIE
 
  • Spécificité

-Elle est stricte, cette parasitose affectant uniquement les bovidés.  

   
  • Répartition géographique

-Cette affection est décrite principalement en Afrique (Afrique du Sud, Burundi, Maroc, Rwanda, Tunisie, Zimbabwe), en Asie (Indes, Philippines) et en Europe (Suède, Bulgarie, France, Roumanie).
-Elle est présente en France depuis au moins 25 ans, la répartition restant mal connue: des cas ont été décrits principalement en zone charolaise et dans le Sud ouest (Piémont pyrénéen et massif central), ainsi qu´en Franche-Comté et en Bourgogne.

 

Présence de la parafilariose en Europe

Présence de la parafilariose en France

 
  • Caractère saisonnier

-L´expression clinique a lieu au printemps et en été : les nodules apparaissent à partir de mars ou avril, avec un pic en mai et une diminution en juin, puis une éventuelle recrudescence en juillet puis avant leur disparition complète en automne.

-La contamination des mouches a lieu préférentiellement aux mois de mai et juillet, des bovins aux mois de juin et août.

 
  • Prévalence/ incidence

-Elle est globalement faible mais surement sous diagnostiquée.

-Peu connue en France, cette parasitose évoluerait de façon enzootique, voir épizootique dans certains élevages non immunisés.

   
  • Facteurs de réceptivité

-Influence de l'âge: il s´agit d´une affection atteignant surtout les jeunes: la contamination est accrue à partir de deux ans, puis décroissante à partir de 4 ans.

-Influence du sexe: les taureaux et les jeunes sujets mâles sont particulièrement touchés, et considérés comme principaux introducteurs dans un cheptel indemne. Les génisses peuvent être atteintes mais peu fréquemment, et conservent par la suite une immunité acquise. Les vaches peuvent héberger le parasite mais ne présentent pas de symptômes.

-Influence de la conduite d'élevage: la pâture à la belle saison permet le contact avec le vecteur, ainsi que l´activation des lésions cutanées lors de l´exposition à la chaleur et au soleil.
 
  • Résistance dans le milieu extérieur
-Il n´existe aucun passage du parasite dans le milieu extérieur.
 
  • Mode de contamination

-La contamination a lieu lors du dépôt des larves III sur l´hôte par les mouches, le plus souvent par voie oculaire (attraction des mouches par le liquide lacrymal), mais aussi à l'occasion de blessures cutanées ou de piqûres d´insectes.

   
  • Contagiosité

-Elle est nulle

   
  • Caractère zoonosique

-Il est absent.

 

PATHOGENIE

-Action traumatique et irritative: les lésions tissulaires sont induites par les larves lors des migrations, les lésions cutanées sont, elles, provoquées par les femelles qui perforent la peau avant la ponte.

 

SYMPTOMES

 

BOVINS

Symptômes:

 

-Phase douloureuse d´inflammation dorsale précédant l´apparition des nodules, se manifestant principalement par une réticence à se déplacer

-Nœuds lymphatiques locaux réactionnels

-Prurit parfois important, d´où de nombreux frottements occasionnant plaies de grattage et dégâts du cuir

-Absence de signes d´altération de l´état général


Lésions:

 

-Petits nodules hémisphériques, fermes, non douloureux, atteignant une taille de 15 mm de diamètre environ
-Apparition en quelques heures d'un pore d´environ 1 mm de diamètre, par lequel s´écoule du sang variablement coagulé, et produisant sur les faces latérales du thorax des trainées brun rouge bien visibles, appelées "sueurs de sang".
-Résolution spontanée de l'hémorragie et affaissement du nodule

 

Localisations:

 

-Epaules et garrot, dos, flancs, lombes, puis encolure et partie supérieure des membres postérieurs

 

 

Evolution:

 

-Apparition de nouveaux nodules à proximité des premiers: en général, 2 à 3 points de saignements par animal, mais peut atteindre plusieurs dizaines

-Hémorragies successives étalées sur plusieurs semaines voir plusieurs mois

 

Complications:

 

-Complications de surinfection possibles mais peu fréquentes

 


Face externe d´une lésion de parafilariose. Photo: service de dermatologie ENVL

Face externe d´une lésion de parafilariose. Photo: service de dermatologie ENVL

Face interne d´une lésion de parafilariose. Photo: service de dermatologie ENVL

Face interne d´une lésion de parafilariose. Photo: service de dermatologie ENVL

DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL

Le diagnostic différentiel inclu :

-L´hypodermose

-Les plaies de fils barbelés ou d´épineux
-Les piqûres d´insectes (Tabanidés)
-Les troubles de l´hémostase
-Les granulomes parasitaires, bactériens ou fongiques

-L´angiomatose cutanée

-A l´abattoir : contusions, myosite éosinophilique liée au développement d´Hypodermes ou de Sarcocystis

 

DIAGNOSTIC

  • Suspicion épidémio-clinique

-La parafilariose est suspectée lors d´observation de nodules bien visibles et identifiables, d´avril à juin-juillet, sans répercussion sur l´état général

-Le caractère hémorragique du nodule avec écoulement de filets de sang est pathognomonique de l´affection.
 
  • Confirmation

Le diagnostic de certitude est établie par:

-Observation directe du parasite après incision du nodule et extraction, mais cette méthode peut s´avérer difficile à réaliser.
-Réalisation d´un calque puis observation au microscope des œufs et des larves I dans le sang issu des nodules : cette méthode est souvent décevante par le nombre élevé de faux négatifs.
-Hématologie : une légère éosinophilie et une leucocytose sont de simples éléments de suspicion.
-Sérologie : elle consiste en une recherche d´anticorps spécifiques par une méthode Elisa (sensibilité et spécificité élevée), à partir de 4 mois après l´infestation (accroissement rapide de la réponse sérique après ce délai).
-Nécropsie : on observe une infiltration oedèmateuse jaunâtre, puis des oedèmes gélatineux sous-cutanés jaunes verdâtres infiltrant les fascias et les aponévroses intermusculaires. Des vers peuvent être observés dans le tissu conjonctif.
-Histologie après biopsie cutanée : on observe une infiltration massive d´éosinophiles.

 

 

Coupe histologique avec présence d´un parasite. Photo: service de dermatologie ENVL

Coupe histologique avec présence d´un parasite. Photo: service de dermatologie ENVL

PRONOSTIC

  • Médical

Bon:

-L´évolution est spontanée vers la guérison, avec cicatrisation classique de type fibroblastique.

-En l´absence de traitement, cette affection peut prendre l´allure d´une maladie récurrente annuelle jusqu´à 3 à 4 années de suite.

 
  • Economique

Sérieux en région fortement atteinte :

-Les pertes sont importantes par dépréciations des cuirs et des carcasses.

-Les lésions peuvent motiver des saisies partielles voir totales en abattoir.

-La présence de la maladie constitue une entrave au commerce international.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

ALZIEU J.P., DUCOS DE LAHITTE J., BOURDENX L., SCHELCHER F. La parafilariose bovine. Bulletin des Groupements Techniques Vétérinaires, 1993, (5), 85-94


ALZIEU J.P., DUCOS DE LAHITTE J., BOURDENX L., SCHELCHER F. Parafilariose bovine : attitude diagnostique et thérapeutique. Bulletin des Groupements Techniques Vétérinaires, 1999, (2), 109-115


CHERMETTE  R. Les plaies d'été chez les bovins : un aspect particulier de la parafilariose en France? Bulletin des Groupements Techniques Vétérinaires, 1999, (2), 42-43


TARTERA P.J. La parafilariose bovine, synthèse bibliographique. Thèse de Doctorat Vétérinaire (Toulouse, Université Paul-Sabatier), 1985, 88p