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Radiologie du Squelette :
Lésions Articulaires



Pr. Paul BARTHEZ



Objectifs :

  1. Connaître les signes radiographiques de l’arthrose et savoir les identifier sur des radiographies
  2. Connaître les signes radiographiques et le diagnostic différentiel des affections articulaires agressives
  3. Connaître les signes radiographiques de la dysplasie de la hanche et du coude et savoir les identifier sur des radiographies
  4. Connaître l’aspect radiographique et les sites principaux d’ostéochondrose chez le chien et le cheval


Points importants :

  1. L'arthrose est l'affection articulaire la plus fréquente dans toutes les espèces et se manifeste par des productions osseuses périarticulaires, une sclérose de l'os sous chondral, un gonflement des tissus mous, une diminution de l'interligne articulaire et la présence d'érosion ou de cavité dans l'os sous chondral.
  2. Le diagnostic différentiel des affections articulaires agressives comprend les arthrites septiques, les polyarthrites d'origine immune et les tumeurs articulaires (synoviosarcome).
  3. L'ostéochondrose est un défaut d'ossification enchondrale qui affecte certaines articulations du chien et du cheval.
  4. L'ostéochondrose se manifeste à la radiographie le plus souvent par un défaut de l'os sous chondral en coup d'ongle associé ou non à des fragments ostéochondraux.
  5. Les 2 articulations les plus touchées chez le chien sont l'épaule et le coude.
  6. Les 2 articulations les plus touchées chez le cheval sont le tarse et le grasset.
  7. La dysplasie de la hanche est une affection héréditaire chez le chien pour laquelle la radiographie est utilisée comme méthode de dépistage. Le diagnostic repose sur l'évaluation de la subluxation de la hanche, signe d'une laxité articulaire excessive, et la présence d'arthrose.
  8. La dysplasie du coude est une affection héréditaire chez le chien pour laquelle la radiographie est utilisée comme méthode de dépistage. Le diagnostic repose sur l'évaluation de l'incongruence articulaire, la présence de lésions d'ostéochondrose (non union du processus anconé, fragmentation du processus coronoïde médial, ostéochondrose de la trochlée humérale), et la présence d'arthrose.
  9. L’ostéonécrose aseptique de la tête du fémur ou maladie de Legg-Perthes-Calvé est une affection du jeune chien adulte de petite race se manifestant par une résorption osseuse entraînant une déformation de la tête et l’apparition de petites ponctuations à l’intérieur de l’os. Plus tard, une arthrose secondaire se développe, entraînant un remodelage de la hanche.

 

1. Arthrose

    Les lésions d’arthrose constituent, de loin, les lésions articulaires les plus souvent rencontrées dans toutes les espèces domestiques. Les lésions d’arthrose peuvent être primitives, mais sont le plus souvent secondaires à une autre affection articulaire.

    À la radiographie, les lésions d’arthrose sont caractérisées par la présence de proliférations osseuses péri articulaires à bord net (1), appelés ostéophytes. Sur une articulation donnée, les proliférations osseuses apparaissent toujours au même endroit et progressent de la même manière. Il est donc important de connaître, pour chaque articulation, les sites privilégiés de développement des ostéophytes. Une sclérose de l'os sous chondral (2) peut être visible sur certaines articulations, en particulier le coude du chien et les articulations intertarsiennes et tarsométatarsiennes du cheval. Un gonflement des tissus mous peut être visible à la radiographie, pour les articulations distales (3). Une diminution de l'interligne articulaire indiquant une érosion du cartilage articulaire (4) peut être noté, en particulier lorsque le membre est en appui (grands animaux). Lorsque les lésions d’arthrose progressent, des érosions ou des cavités (kystes, géodes) peuvent se développer dans l’os sous-chondral de certaines articulations (5). On peut rencontrer des érosions de l’os sous chondral en particulier sur l’extrémité distale de l’os métacarpien 3 du cheval. Le grasset et la hanche arthrosiques du chien sont parfois le siège de petites lésions kystiques sous chondrales. Des déformations des épiphyses peuvent modifier d’une manière drastique l’aspect de certaines articulations arthrosiques en fin d’évolution, en particulier la hanche du chien.




    1

    Proliférations osseuses péri articulaires

    2

    Sclérose de l'os sous chondral

    3

    Gonflement des tissus mous

    4

    Diminution de l'interligne articulaire (érosion du cartilage articulaire)

    5

    Érosions ou cavités (kystes, géodes) dans l’os sous-chondral


     

2. Arthrite

    Les affections inflammatoires ou infectieuses articulaires sont beaucoup plus rares que l’arthrose. Bien qu’au sens strict du terme, les lésions d’arthrose ont souvent une composante inflammatoire, le terme d’arthrite est réservé aux arthrites septiques et aux lésions inflammatoires d’origine immune (polyarthrites).

    Les arthrites sont caractérisées radiographiquement par des lésions articulaires de type agressif. Par contraste avec les lésions d’arthrose, la destruction osseuse, le gonflement des tissus mous, et une réaction osseuse irrégulière dominent le tableau. Une diminution de l’espace articulaire, signant une érosion du cartilage peut être visible.

    Chez les carnivores domestiques, les polyarthrites sont classées en érosives et non-érosives, le plus souvent sur des critères radiographiques. Lors de polyarthrite non-érosive, aucune lésion radiographique osseuse n’est présente. Seul un gonflement des tissus mous peut être visible. Lors de polyarthrite érosive, les lésions osseuses agressives décrites ci-dessus sont présentes.

    Chez les équidés, les arthrites septiques peuvent être traumatiques (plaies ouvertes, corps étrangers ...) ou d'origine hématogène. Ces dernières se rencontrent chez les jeunes animaux, où un foyer infectieux primitif peut être trouvé sur l'ombilic ou dans les poumons.

    Chez le chien, les arthrites septiques sont essentiellement traumatiques. Il existe cependant, dans cette espèce, une arthrite septique de la hanche d’origine hématogène, dont le foyer primitif d’infection peut être urinaire, cardiaque, pulmonaire ou dentaire. Ces lésions d’arthrite septique se développent souvent sur une hanche souvent déjà arthrosique, ce qui rend le diagnostic plus difficile.

3. Lésions tumorales articulaires

    Les synoviosarcomes sont des tumeurs malignes d'origine mésenchymateuse, apparaissant à proximité et à l'intérieur des articulations des membres. Il s'agit d'une tumeur très agressive et infiltrante. La plupart du temps, la lésion débute en dehors de l'articulation elle-même, mais peut par la suite envahir l'espace articulaire, les bourses tendineuses et l'os adjacent. Chez le chien, l'articulation la plus fréquemment atteinte est l'articulation du grasset. Lors d'envahissement articulaire et osseux, la radiographie montre une lésion agressive, souvent ostéolytique, intéressant l'os sous-chondral, et parfois l'épiphyse tout entière. Un gonflement des tissus mous accompagne fréquemment les lésions osseuses. Une biopsie est souvent nécessaire pour un diagnostic définitif.

4. Ostéochondroses

    L'ostéochondrose est une affection caractérisée par un défaut de croissance enchondrale. Elle se rencontre principalement chez le chien, le cheval, et le porc. Il s'agit également d'une affection commune chez l'homme. On distingue les ostéochondroses articulaires intéressant le cartilage articulaire et l’os sous chondral, des ostéochondroses intéressant le cartilage de croissance.

    Le défaut d'ossification enchondrale consiste en une mauvaise transformation du cartilage en os. Cette rétention de cartilage entraîne un épaississement local. Le liquide synovial ne parvient alors pas à pénétrer dans les couches les plus profondes pour nourrir les chondrocytes. Une dégénérescence et une nécrose locale du cartilage sont à l'origine de fissures et de la formation de fragments cartilagineux ou ostéochondraux libres. Dès lors, l'ostéochondrose, silencieuse et asymptomatique, devient ostéochondrite (inflammatoire). L'incongruence articulaire et une surcharge pondérale locale pourraient être à l'origine du développement de ces lésions en particulier au niveau du coude, mais également du grasset et de l'épaule.

    La lésion radiographique caractéristique de l’ostéochondrose articulaire est une absence locale d'os sous chondral à bords nets, donnant l'impression d'une encoche ou d'un coup d'ongle. Le défaut d'ossification peut être incomplet et un ou des fragments ostéochondraux peuvent être visibles sur le site ou libre dans l'articulation. Les fragments ostéochondraux sont très fréquents chez le cheval. Lorsqu'ils sont libres dans l'articulation, ils prennent le nom de "souris articulaire". Chez le cheval, une forme kystique existe aussi, en particulier sur le condyle fémoral médial. Lors d’expression clinique, les lésions d’arthrose se développent rapidement. Les lésions d'arthrose sont d'autant plus importantes que l'ostéochondrose est ancienne et de grande taille.

    Lésion en "coup d'ongle" Fragment ostéochondralKyste osseux

    Chez le chien, les ostéochondroses sont plus fréquentes sur le membre thoracique que sur le membre pelvien. Les articulations les plus touchées sont :

      • L'épaule(partie caudale de la tête humérale)
      • Le coude (partie médiale du condyle huméral, fragmentation du processus coronoïde médial, non union du processus anconé)
      • Le grasset(condyle fémoral latéral ou médial)
      • Le tarse (lèvre médiale ou latérale de la trochlée du talus)

    Chez le cheval, les ostéochondroses sont plus fréquentes sur le membre pelvien que sur le membre thoracique. Les articulations les plus touchées sont :

      • Le tarse : tenon intermédiaire du tibia, lèvres latérale et médiale de la trochlée du talus, fragmentation des malléoles latérale et médiale du tibia
      • Le grasset : condyle fémoral médial (kyste), lèvres latérale et médiale de la trochlée du fémur
      • Le boulet : fragmentation du processus plantaire de la phalange proximale du membre pelvien
      • L’épaule : partie caudale de la tête humérale

    Plusieurs articulations différentes sont souvent atteintes chez un même animal. En présence d'une ostéochondrose, il est donc recommandé de radiographier le membre controlatéral, ainsi que d'autres sites classiquement atteints en fonction de l’espèce.

5. Dysplasies articulaires

    Les dysplasies de la hanche et du coude sont fréquentes chez les chiens de races moyennes et grandes et constitue la cause principale du développement de l’arthrose des hanches et des coudes dans cette espèce. Les dysplasies articulaires font l’objet d’une recherche radiographique systématique de dépistage sur les chiens d’élevage car ces affections sont partiellement héréditaires et transmissibles.

      5.1. Dysplasie de la hanche

        La recherche de dysplasie de la hanche se fait traditionnellement sur une radiographie ventro-dorsale hanches en extension. Les lésions radiographiques sont de 2 types : d’une part la laxité articulaire, mise en évidence par une subluxation et d’autre part l’arthrose secondaire.

        La subluxation de l’articulation de la hanche peut s’observer par la perte de parallélisme entre l’os sous chondral acétabulaire et fémoral sur la surface d’appui crâniale. Lors de subluxation, cet espace prend une forme de croissant de lune. Un deuxième moyen d’évaluer la subluxation est d’observer le recouvrement de la tête fémorale par le bord acétabulaire dorsal : sur une hanche normale, le bord acétabulaire dorsal doit recouvrir plus de 50 % de la tête fémorale.

        Hanche normale Hanche subluxée

        La laxité de la hanche, estimée par la subluxation, manque de reproductibilité et peut être sous-évaluée sur la radiographie conventionnelle ventro-dorsale en extension. Des méthodes de distraction forcée ont été développées pour mieux objectiver la laxité. Ces méthodes sont cependant difficiles à mettre en place et sont, pour l’instant, très peu pratiquées en France.

        L’arthrose de la hanche est le deuxième élément important du diagnostic de la dysplasie. Parfois, c’est le seul signe présent. En l’absence de déformation osseuse ou d’anamnèse particulière (traumatisme), toute arthrose de la hanche chez un chien de moyen ou gros format est supposée provenir d’une dysplasie. Le premier signe d’arthrose de la hanche est l’apparition d’une production osseuse "en virgule" sur le col fémoral, sur l’attachement de la capsule articulaire. Des ostéophytes apparaissent ensuite sur la base de la tête du fémur et sur le bord acétabulaire crânial. Avec la progression de l’arthrose, la fosse acétabulaire peut se combler et la tête du fémur devenir triangulaire. Dans le cadre du dépistage de la dysplasie de la hanche, un système de gradation a été établi par la Fédération Internationale de Cynotechnie (FIC).

      5.2. Dysplasie du coude

        La dysplasie du coude est un ensemble lésionnel comprenant des lésions d’ostéochondrose, d’incongruence articulaire et d’arthrose chez le jeune chien. Les lésions d’ostéochondrose sont triples : ostéochondrose de la trochlée humérale (partie médiale du condyle), non-union du processus anconé et fragmentation du processus coronoïde médial. L’incongruence articulaire est, pour certain, le facteur déterminant du développement des autres lésions. Une incongruence huméro-ulnaire serait à l’origine d’une pression anormale sur le processus anconé et coronoïde et favoriserait leur fragmentation ou non-union.

        Le processus anconé apparaît comme un noyau d'ossification secondaire chez le chien âgé de 10 à 14 semaines et s'unit normalement à l'olécrane 2 à 4 semaines plus tard. Seules certaines races de grand chien possèdent un noyau d’ossification secondaire et sont susceptibles d’être atteint de non-union. Parmi ces races, le Berger Allemand, le Briard, sont particulièrement touchés. Une non-union à l'âge de 18 à 20 semaines est considérée comme anormale. La non-union du processus anconé est toujours aisément reconnaissable sur la radiographie de profil du coude.

        La fragmentation du processus coronoïde médial peut être visible radiographiquement dans un peu plus de la moitié des cas sur une vue de profil légèrement oblique (vue crâniolatérale-caudomédiale oblique 15o). Le processus coronoïde médial est souvent peu visible à cause du développement précoce de l'arthrose. Le fragment est fréquemment de petite taille, incomplètement ossifié, et souvent peu séparé de l'ulna. L'espace radiotransparent entre l'ulna et le processus coronoïde médial est donc souvent très faible, et même parfois absent (fissure). Lorsque la fragmentation n’est pas visible radiographiquement, le diagnostic repose sur l’observation des signes secondaires d’arthrose en l’absence d’autres anomalies.

        L’arthrose secondaire apparaît rapidement et, dans certain cas, est le seul signe radiographique de dysplasie du coude. Les signes d’arthrose précoce sont des productions osseuses sur le processus anconé, une perte du contour de l’épicondyle latéral de l’humérus, et une condensation osseuse (sclérose) en regard de la trochlée ulnaire. En progressant, les lésions d’arthrose atteignent la région du processus coronoïde médial et le bord crânial du radius.

6. Affections traumatiques : luxations/fractures

    Les affections articulaires traumatiques sont fréquentes chez les carnivores domestiques et le cheval. Les luxations sont généralement faciles à détecter à condition de disposer de 2 projections orthogonales. En effet, certaines luxations (coude et épaule chez le chien, en particulier), peuvent ne pas être visibles sur une vue de profil uniquement. Les luxations sont souvent accompagnées de fractures articulaires. Lors de luxation, il est donc important de rechercher des fragments osseux libres fracturaires.

    Les fractures par avulsion d’insertion ligamentaire ou tendineuse peuvent entraîner une instabilité articulaire. Ces fractures sont parfois difficiles à détecter, car les fragments osseux sont petits. Toute lésion traumatique articulaire peut être à l’origine d’une instabilité et du développement futur d’une arthrose.

7. Ostéonécrose aseptique de la tête du fémur

    L’ostéonécrose aseptique de la tête du fémur ou maladie de Legg-Perthes-Calvé est une affection du jeune chien adulte de petite race. Il s’agit d’une entité clinique particulière caractérisée par une dévascularisation de l’épiphyse proximale du fémur. La lésion peut être unilatérale ou bilatérale. À la radiographie, la lésion intéresse la tête du fémur uniquement, au moins en début d’évolution. On observe une résorption osseuse entraînant une déformation de la tête et l’apparition de petites ponctuations à l’intérieur de l’os. Plus tard, une arthrose secondaire se développe, entraînant un remodelage du fémur et de l’acétabulum.




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